Réhabilitation de la Moulili : acte 2

Après l’amont, l’aval. Depuis un an, la réhabilitation de la Moulili porte sur une seconde portion de la rivière. A la découverte d’un travail de longue haleine, aux résultats de plus en plus visibles.

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Sur le plateau Bangombé, quand Comilog extrait du manganèse, la roche est recouverte d’argile. Le minerai doit alors être concassé, broyé, mais aussi lavé. C’est le rôle de la Laverie Métallurgique de Moanda (LMM) qui a été construite sur une des extrémités du plateau, à l’aplomb de la vallée de la Moulili, un cours d’eau naturel de trente-et-un kilomètres de long. Les fractions les plus importantes accolées au manganèse y sont retirées au moyen d’un débourbeur (sorte de grande machine à laver le minerai). Implantée à proximité de la source, la laverie a reversé pendant près de cinquante ans ses eaux dans le lit de la rivière. Or ces eaux issues du traitement du minerai conservent une part non négligeable de particules manganésifères. Conséquence : la Moulili s’est remplie progressivement de fines de minerai et de boues. Dans la partie dite amont - soit les sept premiers kilomètres de la rivière -  les dépôts ont modifié l’écoulement des eaux, atteignant jusqu’à vingt mètres par endroit.

Le CIM, une usine pour réhabiliter la partie amont

Les années, les décennies passant, il est apparu de plus en plus nécessaire de mettre fin à cette pratique datant du début de l’activité en 1962. Mais aussi de réhabiliter la rivière. Alors que faire ? Comilog a lancé au cours des années 1990 une série d’études, qui aboutit à la mise au point d’un nouveau procédé de valorisation des minerais. Celui-ci permet de commercialiser les fines de manganèse déversées dans la vallée de la Moulili. Autrement dit, la technique ouvre la possibilité de remettre la nature en état, mais aussi de... vendre le minerai récolté dans la rivière.

La décision est prise de construire une usine d’enrichissement et une unité d’agglomération : le Complexe Industriel de Moanda (CIM), qui démarre son activité en janvier 2000. Son rôle : séparer les grains les plus riches des plus pauvres, puis les valoriser. "Situé dans la partie aval de la Moulili, le CIM a vocation à recueillir, au moyen de pelles et de camions, les stériles historiques de la laverie, et par là même à dépolluer la rivière", explique Christian Boupassia, géologue chez Comilog, qui a travaillé pendant plusieurs années pour le complexe. Un objectif contractuel est fixé avec les autorités gabonaises : le retrait à terme de la totalité des sédiments sur la Moulili amont, jusqu’à retrouver les argiles du terrain naturel. Employant aujourd’hui 170 personnes, le CIM tourne à plein régime. L’année dernière, ce sont ainsi 1,5 million de tonnes de sédiments qui ont été traitées. 500 000 tonnes ont été commercialisées.

Mais parallèlement, des résidus issus de la laverie ont continué d’être déversés dans la vallée de la Moulili, en particulier dans sa partie amont. Progressivement, le lit de la rivière a totalement été enseveli. Pour remédier à la situation, Comilog décide en 2010 de construire un bassin industriel sur les anciennes friches minières du plateau Bangombé. Les rejets de laverie sont depuis lors réalisés dans des bassins de décantation qui recyclent l’eau issue du site. L’opération signe la fin du déversement des résidus de la laverie dans la Moulili.

Une pelle marais pour réhabiliter les parties aval et… amont

Pour autant, la réhabilitation de la rivière n’est pas achevée. Il est temps de s’occuper de la partie aval. A l’origine de cette nouvelle avancée, il y a l’organisation en 2014 par Comilog et la Direction de la Communication et du Développement durable Groupe, d’un grand séminaire environnemental à Moanda, rassemblant politiques, scientifiques et ONG. L’événement a notamment été l’occasion de dissiper quelques doutes de la population locale sur l’activité de Comilog, en soulignant que le manganèse n’est ni soluble dans l’eau, ni assimilable par les organismes.

Par ailleurs, les parties conviennent ensemble du mode de réhabilitation sur le tronçon aval de la rivière. Un objectif est fixé : le rétablissement de la chenalisation du cours d’eau, c’est-à-dire de l’écoulement de la rivière dans son lit originel. Après des recherches pour retrouver l’ancien parcours de la rivière, les travaux de réhabilitation commencent en 2018. Pour réaliser cette tâche minutieuse, Comilog fait l’acquisition, pour 800 000 euros, d’une pelle marais. Monté sur des flotteurs, l’engin est capable de retirer les sédiments qui ont enseveli la rivière et de rabattre la boue, pour que le cours d’eau retrouve son lit originel. La réhabilitation par chenalisation devant être pratiquée de l’aval vers l’amont, il est décidé que la pelle marais commence son œuvre sur un tronçon situé à 1,6 kilomètre du début de la Moulili aval.

Christian Boupassia fait le point : "l’essentiel du travail a aujourd’hui été réalisé sur cette portion, il reste maintenant à fignoler. Avec la fin prochaine de la réhabilitation de cette partie de l’aval, les équipes vont pouvoir s’attaquer à la deuxième portion qui nécessite l’intervention de la pelle marais." En ligne de mire, le rétablissement de la chenalisation des 2,4 kilomètres de la dernière partie de la Moulili amont. Cette seconde phase débutera dès l’achèvement de l’entretien annuel de la pelle marais, indispensable après deux mille heures de fonctionnement. Et le travail au long court de réhabilitation de la Moulili pourra ainsi reprendre.